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Internet: « on vivait bien sans »

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Comme pour toutes le innovations, les défenseurs de la “vraie vie” s’appuient toujours un peu sur ce constat prétendu inébranlable.

Chacun sa vie, certes, contemplatifs, sages 1.0, ermites, spirituels, tous vous avez mon affection et mon respect mais une fois de plus je veux témoigner comme le lambda parmi tant d’autre: je ne suis pas comme vous, je vivais moins bien avant.

Moi je suis de la race des inconsolables, aucun absolu n’a de sens à mes yeux, je ne vis que parmi les autres. Seul le regard des mes congénères à un relatif intérêt. Je me bâtis sur la fierté de ne jamais me compromettre pour être aimé, bien que ce soit mon seul bonheur. Etre touché ou toucher est mon seul plaisir, mais il serait irrémédiablement gâché si j’en venais à “m’abaisser à mes propres yeux” dans cet objectif. Incapacité viscérale à l’auto-trahison.

Je suis né en 1968. Je me suis beaucoup ennuyé dans la vie. Les pertes d’espérance ont été douloureuses, papa Noël d’abord, Jésus ensuite. Ca fait beaucoup. Alors j’ai eu besoin que ça bouge, mais rien à faire, c’était insupportable: le monde n’avançait qu’à son rythme.

Et puis le miracle.

La technologie m’offre l’ordinateur. Je peux faire des tas de choses, tellement plus vite. Musique, dessin, écriture, outillage, automatisation, tout est possible. Dans la limite de mes limites.
Puis l’inimaginable: l’interconnexion. Je découvre Internet ébahi, émerveillement qui n’aura de cesse, impossible pour moi d’oublier quotidiennement la splendeur de cette révolution. Ce n’est pas faute de pratiquer, de pousser la bête, mais impossible de me blaser, je sais trop ce que cela m’apporte, concrètement.

Cet enthousiasme volontaire ne m’emportera pas dans la contradiction: il n’est pas question de dire que le réseau des réseaux m’apporte un quelconque absolu, je te rassure, ma désespérance reste intacte, mais la vie est tellement plus intéressante: on a le choix, enfin.

Le monde est plein de richesses intellectuelles, de sublimes déconneurs, de bontés inattendues, si cette matière humaine n’est pas nouvelle, l’interconnexion la rend accessible à tous, lui donne la possibilité de se proposer, l’horizontalité du réseau offre toutes les chances. C’est pour le coup extraordinaire.

Depuis deux ans j’ai l’outrecuidance de ramener ma tronche sur la toile, de donner mon avis à droite et (surtout) à gauche, je me permets ce que certains même parmi mes proches considèrent comme une arrogance, mais que Steve me pardonne, c’est une pulsion irrépressible. Moi je pense qu’il s’agit au contraire de simplicité plutôt que de prétention, mais ce serait un peu long.

Cette impudence m’a en tout cas permis de rentrer en contact et parfois de rencontrer les gens qui m’intéressent, et ça c’est vraiment le pied. Je n’en ai pas le moins du monde perdu le contact avec mes bons vieux potes 1.0, mais j’ai pu relancer un peu d’excitation amicale, me sortir de cet isolement confortable qui veut t’entraîner vers une midlife kriisiis. Ceux que je lisais, qui m’émouvaient, qui me faisaient rire, pour certains sont devenus des camarades IRL, voir un peu plus peut-être pour une poignée d’entre eux.

Bien sûr rencontrer des individus que tu like ça a toujours été possible mais jamais l’opportunité ne fut aussi simple, le choix aussi large. Il est là le miracle. L’accessibilité. L’accélération.

Bonté divine, mais comment vivait-on avant?

D’ailleurs vivais-je avant? 🙂

(c) photo

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