Malade

On dirait que chrai scénariste, que Dussolier et Dupontel rêveraient de jouer avec moi, et que je leur aurais écrit ce court métrage. A  short movie.

Starring

 André Dussolier, le Docteur

 Albert Dupontel, le Patient

Couloir d’hôpital, un docteur arrive, un homme assis se lève pour lui serrer la main.

 (souriant, diplomate) Ah, bonjour Mr Frelon, comment allez–vous ?

 (inquiet, agité) Vous le savez peut être mieux que moi, non ? Vous m’avez demandé de venir d’urgence, je suis là.

 Oui, oui, ne vous inquiétez pas, on va parler de tout ça tranquillement. Je vous en prie, entrez, asseyez vous, j’arrive tout de suite.

Le patient s’assoit, seul face au bureau.

(pense #voixoff): ne pas m’inquiéter, bien sur. Ce n’est sûrement pas ce que je crois. Faut toujours que j’imagine le pire. Allez grand couillon, tout va bien se passer. Ne pas s’inquiéter. Tout va bien.

Bruit de porte

 (Patient essaye de se lever, le docteur l’en empêche d’une main sur l’épaule)

Non, non, restez assis. Alors ? Comment allez v..? Ah oui, pardon. Euh, vous voulez un café ? Vous savez, j’ai tout ce qu’il…

(coupe la parole au Doc) : écoutez docteur, je suis littéralement mort d’inquiétude depuis votre coup de fil. Alors si vous pouviez aller droit au but, ce serait gentil. Je ne tiens plus là.

 Ok. . . . (il s’assoit, il prend sa respiration) Bon, alors voilà, comme vous vous en doutez, j’ai reçu vos analyses. Je dois dire que la chose n’est pas simple. J’ai un peu tardé à vous appeler parce que j’ai voulu consulter quelques collègues avant de me prononcer. Pour vous dire la vérité, nous n’avons jamais vu ça. Malheureusement, nous sommes tous tombés d’accord sur un point : il va me falloir vous annoncer une nouvelle pénible…. (Blanc)

(Visage du patient pétrifié)

 Vous m’avez demandé de faire court : je crains cher ami qu’il n’y ait plus d’espoir de vous sauver.

(Visage du patient pétrifié, les lèvres s’entrouvrent)

 Le diagnostique est sans appel, nous avons pris en compte tous les paramètres connus à ce jour dans ce genre de pathologie, et tout converge malheureusement vers une issue funeste.

(Visage du patient pétrifié, les mains jointes sur la bouche et le nez, penché en avant, les coudes en appui sur les cuisses)

Ecoutez, je sais que c’est un immense choc et que je ne pourrai pas trouver les mots aujourd’hui mais nous allons vous accompagner jusqu’au bout pour vous aider à supporter tout cela. Je …

 Combien ? Combien de temps me reste-t-il à vivre ?

 Mmm, ça c’est difficile à dire avec précision mais ce ne sera pas bien long. Peut être quelques mois, sûrement quelques années, au mieux 50 ou 60 ans, pas plus.

Quoi, c’est tout ? Pas plus ? Et vous venez seulement de diagnostiquer ma maladie, elle est déjà si avancée.

 Je crains que oui. Vous savez, je vous l’ai dit, ce n’est pas fréquent, et du fait qu’il n’y a aucune douleur il est certain que si le hasard n’avait pas fait que nous ayons du faire ces tests pour votre certificat d’aptitude, il est probable que nous n’aurions jamais rien su.

Mais il y a bien un espoir, quelque chose à quoi je puisse me raccrocher.

 Malheureusement non Mr Frelon, croyez bien que je ne serais pas aussi honnête avec vous si j’avais le moindre doute.

Mais je ne veux pas ! Je ne peux pas ! C’est pas possible ! Je me sens très bien, y’a pas de raison que ça s’arrête comme ça, c’est complètement absurde !

 Je sais, je sais, c’est injuste, vous avez contracté la Vie. C’est une maladie qui frappe au hasard, il n’y a pas de logique dans tout ça. Je ne peux que vous dire qu’il faut essayer de profiter de ces années qu’il vous reste. Peut-être 50 ans ce n’est pas rien. Vous pouvez mettre en ordre vos affaires, partager des moments privilégiés avec vos proches…

Oui, ça c’est ce qu’on dit quand on va bien. Comment voulez vous que je « profite », comment pourrais je jouir de quoi que ce soit avec cette angoisse au fond de la gorge. Comment essayer de démarrer quoique ce soit aujourd’hui si je sais d’avance que tout s’arrête demain. 50 ans, que voulez vous faire en 50 ans ?

 Peut-être 60, voir même 70. On a vu des cas [.]

Mais qu’est ce que vous m’offrez là, docteur ? Une remise de 20% ? 20% sur le néant, tu parles d’une affaire !

 Je comprends.

 Ecoutez, je sais que vous faites votre boulot, que vous devez me rassurer, mais c’est inutile. (il se lève) J’ai du mal à respirer. On peut ouvrir la fenêtre ?

Bien sûr. Attendez, elle est capricieuse, je vais le faire. (il se lève aussi et le rejoins à la fenêtre) Faut connaître !

Ils s’affairent tous les deux sur cette fenêtre, leurs visages sont proches.

(pause, regard les yeux dans les yeux) J’y arrive pas docteur. C’est pas possible. Aidez moi !

La fenêtre cède et s’ouvre sur un parc. Chants d’oiseaux.

 Bien sûr qu’on va vous aider. Il faut avant tout se calmer. Nous avons d’excellents calmants. Permettez moi de calmez vos angoisses. Je sais que ça ne changera pas le problème, mais ça peut vous aider à le supporter.

Je ne sais pas, j’ai l’impression de ne pas être là. C’est trop fort pour moi tout ça (il se rassoit) .

Vous connaissez vous des allergies à certains produits ?

 Pardon ?

 Etes vous allergique à quelque chose ?

 Euh, non, pas que je sache.

 Bien ! On va donc pouvoir essayer différentes choses. La plus efficace est à coup sûr la religion. C’est un traitement de fond assez lourd qui marche sur 86% des patients. Pour l’essentiel, il suffit qu’il n’y ait pas de rejet athéique de la part de votre cortex sub-archaïque.
Il suffit d’avaler la pilule chaque matin et cela atténue grandement le sentiment de révolte et donc calme la panique.

 De la religion ? Je sais que j’ai eu des problèmes plus jeune avec le lait religionisé. Vous savez à l’époque la majorité des familles en consommait et je fait parti de cette génération qui a développé les premières allergies de masse à ces produits. La mutation éclairée comme ils ont appelé ça. Mais vous le savez bien. Je n’y ai pas pensé quand vous m’avez demandé tout à l’heure, je pensais que c’était évident. Plus personne ne consomme ça aujourd’hui. Si ?

(petit sourire) Détrompez vous ! Ce n’est pas grave, on peut s’orienter vers des médecines plus douces. Par exemple on peut vous prescrire une passion.

Du genre ?

 Peu importe, ce que vous voulez, celle à laquelle vous serez le plus réactif. Musique, sport, famille, travail, même l’amour pourquoi pas. N’importe quoi du moment que cela vous lobotomise correctement.

Mmm, ça me semble mieux ça non ?

Ca dépend.

 Ca dépend de quoi ?

 De vous toujours. Il faut que je vérifie vos analyses, il ne faudrait pas que vous ayiez un trop fort taux de sinistérole. Il y a tout un bilan à refaire sur vos taux de réalitine, de cynismoïse. Rassurez moi, vous n’avez jamais présenté de signe clinique d’esprit critique ?

 Non, non. Enfin…

 Quoi ?

 Il m’est arrivé d’avoir des poussées de tentations contestataires par le passé.

 Aïe !

 Mais c’était il y a très longtemps. Je n’ai jamais eu de rechute depuis mon intégration.

 Oui sûrement mais ce genre de déviance est malheureusement chronique. Ca peut rester en sommeil des années mais c’est toujours là. Et c’est très ennuyeux dans un traitement passionnel, surtout en cas de vie déclarée.

 Alors que peut-on faire ?

Il reste des traitements dits destructifs.

 Destructifs ?

 Oui, ils sont très efficaces mais ils ont un défaut majeur, ils accélèrent le processus de fin de vie. Mais ils sont d’un grand recours dans l’accompagnement. Vous avez le chocolat, la tartiflette, les grosses bouffes entre amis, le canabis, le tabac, et pour les cas les plus anxieux, des drogues plus dures comme l’héroïne ou l’alcool.

 Mais docteur, je suis déjà sous traitement.

 Ah bon ? Voilà qui est ennuyeux. Et bien il n’y a plus qu’une solution : on va augmenter le dosage. Vous pouvez espérer diminuer considérablement vos souffrances. En tout cas les abréger, ça c’est sûr.

 Merci docteur, combien vous dois-je ?

 Je vous en prie, nous verrons cela plus tard.

 Plus tard ?…

  1. #1 par Pastagaz le août 5, 2011 - 1:32

    Hé voui, la vie est une maladie sexuellement transmissible…

  2. #2 par Djark le août 5, 2011 - 1:35

    J’ai hate de voir ça sur les écrans !!!
    J’aime le traitements dits « destructifs », Je le consomme même à haute dose ^^
    C’est la kryptonite dans tes doublures qui t’as donné l’inspiration?

    • #3 par jcfrog le août 5, 2011 - 1:52

      non en fait c’est un très vieux truc sur lequel je suis retombé, au fond de mes google docs🙂

  3. #4 par ALEXANDRE Regis le août 5, 2011 - 1:42

    Scénario original qui aurait bien plu à Monsieur Cyclopède (Pierre Desproges). J’attendais simplement une autre chute, autre conclusion… Je reste un peu sur ma faim😉 Les trois dernières répliques…:-/ Pourtant, J’ai bien compris le sens donné. Félicitations tout de même🙂 Le choix de Dupontel est parfait !

    • #5 par jcfrog le août 5, 2011 - 2:18

      je suis assez d’accord pour la fin😉

  4. #6 par xkliber le août 5, 2011 - 2:53

    Très bon (thème et la façon dont il est abordé, choix des possibles acteurs)🙂

  5. #7 par Choain le août 5, 2011 - 2:59

    bien aimée🙂

  6. #8 par fred le druide le août 5, 2011 - 4:08

    Très bon !!! je verrais bien pour conclure un petit film d’animation en accéléré débutant par un coït, orgasme, évolution de la grossesse, accouchement, et une fois l’enfant sortit la voix de Dupontel s’écriant « Oh merde ça commence! »

  7. #9 par Gamoth le août 5, 2011 - 5:09

    [Mode Yoda] Bien écrit tu as
    Artiste polyvalent tu es !! [/mode Yoda]

    Bonne continuation en espérant que ta maladie dure encore longtemps.

  8. #10 par @Syro_ le août 5, 2011 - 10:55

    Bon anniversaire alors ?

  9. #11 par fpbf le août 6, 2011 - 9:35

    Je veux pas être dénigreux, mais ça manque grave de choucroute de la mer à 14,50 € la formule.

    Je dis ça je dis rien, hein.

  10. #12 par Matteo fantasy le août 6, 2011 - 11:31

    • #13 par jcfrog le août 6, 2011 - 1:34

      oO
      je suis sous le choc
      aurai-je fait une desprogite aigüe?….

      • #14 par Matteo fantasy le août 7, 2011 - 9:49

        Si l’invention était sincère (et je suis persuadé qu’elle l’était de la part de M. Frog), on ne peut que se féliciter d’avoir commis un texte de qualité semblable à du Desproges =)

        • #15 par jcfrog le août 7, 2011 - 9:55

          merci de cette confiance😉
          commettre une telle ignominie en plus sur Maître Pierre, je ne me l’aurais jamais pardonné!

  11. #16 par chachat le août 7, 2011 - 8:59

    Seulement 50 ans ?!? Moi, dans le métro, il y a une sdf qui m’a donnée jusqu’à 160 ans (et plus, si je bat le record) contre 1 euros !!!
    J’ai fais une affaire, là, je crois🙂

  12. #17 par wilsly le août 25, 2011 - 1:01

    c’est vrai qu’on dirait du Desproges… Vraiment bravo😉

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