Une chanson

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Ce n’est pas grand chose une chanson.

La chanson c’est un art mineur qu’il a dit le Monsieur.

Je suis d’accord.

D’ailleurs Jimi sait que je l’aime la musique, j’ai même songé superficiellement à en faire sérieusement, mais je crois que j’ai toujours su au fond de moi que je ne suis pas fait pour ça. Contrairement à ce qu’ont pu croire mes chers parents, je n’ai jamais imaginé laisser tomber la voie bourgeoise qui s’offrait à moi pour « vivre de mon art ».

Pourtant être reconnu par des gens que tu ne connais pas, ça m’est arrivé à un tout petit niveau, et bien faut le dire ça fait quelque chose. Surtout à ces âges bouleversés. J’ai joué dans des groupes qui avaient un indéniable et immense talent confidentiel.

Moi ce qui m’a toujours botté, c’est d’écrire une chanson. Et puis avec les années, si ma musique avait parfois l’honneur de me plaire, j’étais toujours attéré par mes textes que j’estimais pourtant bien supérieurs à la moyenne de ce que j’entendais (dans l’univers rock of course). Oui quand on écrit, quand on compose, on est prétentieux. Sinon comment oserait-on?

Et pourtant une chanson ça peut marquer une vie. Je ne parle pas du plaisir, de la jouissance du tube, je parle de l’aspect disons, allez j’ose, politique d’une chanson. La graine qui a fait fleurir ce poste est une fois de plus un tweet tardif qui évoquait hier « les bourgeois » du grand Jacques. Ca vannait sur l’aile marxiste de ma timeline, et me joignant aux compliments de rigueur, je pensais à quel point cette chanson avait certainement impacté ma réflexion politique.

Non les mots ne sont pas trop grandiloquents, il s’agit bien de ma façon de voir le monde et son organisation. Il arrive un moment dans l’enfance où la pensée prend son indépendance, développe des avis qui ne sont pas forcément ceux de son entourage. Ce moment troublant où on décide de quitter le chemin tracé, où on découvre une autre vérité qui s’impose, souvent nous heurte, nous gifle, c’est une magie dont je me souviens.

J’ai essayé de me souvenir.

J’ai tout de suite pensé au Chanteur de Balavoine.

1978, j’ai dix ans, je passe mes samedis soirs devant des soirées pailletées de Maritie et Gilbert Carpentier, et cet ovni Balavoine tombe du ciel comme un pavé dans la soupière. « Diront que j’suis pédé » « Que mes yeux puent l’alcool » « Je veux mourrir malheureux », les paroles me choquent, mais je sens que c’est bien, que c’est de la tripe, que ça dit quelque chose.

Surement les premières fois que je réfléchis un peu à tout ça, le sexe, les homos, l’alcool, je n’y connais rien et je suis content de voir un gars qui me fait penser.

Puis Brel.

Les bourgeois justement. J’en suis, et je ne comprends pas bien à l’époque pourquoi tout le monde écoute des gars comme le grand Jacques ou Brassens alors qu’ils leur renvoient leur médiocrité à la figure. Ce sera le même sentiment plus tard avec tous les croyants que je croise dans mon univers catholique et qui ne se conduisent pas avec la moindre trace de grandeur, de partage, de pardon. Décalage.

Puis Brassens, plus tard puisque plus austère. Et là du politique, il y en a. Mais ce serait trop long.🙂

Toutes ces années j’avais en parallèle de folles passions pour Metallica, Prince, SRV, Téléphone, U2, et tant d’autres, mais c’est autre chose.

Enfin je finis avec une anecdote que j’ai entendue il y a bien des années de la bouche de Pierre Perret, à une époque justement où j’étais un peu … disons découragé.

Pierre Perret racontait qu’un jour il a reçu le courrier d’une dame qui se disait raciste, et qui avait été bouleversée par sa chanson Lily. Cette dame disait en substance qu’elle avait été amenée à reconsidérer son point de vue et qu’au delà de l’émotion, c’est bien son opinion qui avait changé, elle découvrait qu’elle n’était plus raciste, qu’elle avait compris quelque chose. Ainsi donc, c’était arrivé: contre toute attente, contre tout cynisme, quelque part, une chanson avait changé le monde.

Je me souviens précisément d’où j’étais à ce moment là. J’étais en route pour le boulot.

Crois le où non, j’en ai pleuré dans ma voiture.

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  1. #1 par raydacteur le mars 26, 2010 - 11:22

    Bravo. Et c’est super bien écrit en plus. On ne voit même pas de rature. Chapeau.

  2. #2 par Christophe le mars 26, 2010 - 11:40

    profonde inspiration et sourire

  3. #3 par Christophe le mars 26, 2010 - 11:46

    mes dernières claques m’ont été données par Nino Ferrer et Jacques Dutronc (vingt, trente, presque quarante ans après qu’ils aient (zon ?) écrites ces chansons)

  4. #4 par pmeance le mars 27, 2010 - 1:15

    Bon ben si tu nous prends par ce chemin-là, je te préviens, je n’offrirais aucune résistance… je ne suis pas sûr qu’une chanson ait eu un jour le pouvoir de changer ma vie (mais ça n’a pas dû être très loin par moments) mais je suis sûr que des chansons ont changé ma façon de voir la vie, ou alors ont ancré, pour toujours, des valeurs déjà présentes…

    Je te remercie pour ta sincérité, jeune Jérôme (oui, C. Jérôme, je t’ai reconnu, non tu n’as pas changé !) je crois que nous sommes plusieurs à avoir pensé ce que tu exprimes, à avoir goûté le plaisir de la scène et du public, et à choisir des voies d’existence plus classiques. (« le jour où tu es trop vieux pour le rock, c’est quand tu demandes à ce qu’on joue moins fort » >> moi pas trop vieux). Un jour, pour te rendre ta sincérité, je te raconterais le grand écart – parfois nécessaire et toujours difficile – du consultant en organisation…

    Ne change rien, mon gars, nous sommes nombreux à savoir qu’un jcfrog devant ses palmiers est bien meilleur que tous les starlets et toutes les starlettes qu’on veut nous faire consommer…

    Tiens, je t’embrasse pour la peine ! toi aussi tu m’as presque mis la larme…
    Et n’oublions pas les blues brothers :
    « shit ! »
    « what ? »
    « cops ! »
    « no ? »
    « yes ! »
    « shit ! »
    A tchao.

  5. #5 par jcfrog le mars 27, 2010 - 9:09

    Merci les filles,
    z’êtes trop gentilles😉

  6. #6 par Café Froid le mars 27, 2010 - 9:33

    Oh que ça fait du bien !
    Quand je dis Pierre Perret, on me dit « zizi » et je réponds « Lily ».
    Parce que je suis de sa ville (Castelsarrasin) et que j’adore cette Lily, merci !

  7. #7 par coreight le mars 27, 2010 - 10:13

    Bravo, et merci…

  8. #8 par mamily le mars 27, 2010 - 10:36

    quelle superbe analyse sur ce simple mot chanson xxxxxxxxx

  9. #9 par doudette le mars 28, 2010 - 3:40

    Très joli billet🙂

    Juste un conseil au papa que tu es de la petite fille que j’étais : continue à écrire des chansons même s’il n’y a que tes enfants qui les entendent.

    Les chansons que mon papa écrivait et qu’il me jouait ensuite sur sa guitare sont mes plus beaux souvenirs d’enfance. Mon papa à moi était chanteur… mon chanteur personnel et attitré. Et peu importe s’il ne vivait pas de sa musique, s’il portait costume et cravate pour aller au bureau, ses chansons étaient les plus belles !

  10. #11 par Hara Kiri le mars 28, 2010 - 4:24

    Brassens, Brel, Balavoine, ma conception musicale des 3 B. Tu rajoutes Métallica, il ne te manque plus que Trust pour être en parfaite adéquation avec mon univers musical.
    La musique est un art, comme tout art elle véhicule des émotions, toutes les émotions. Je me mets à pleurer chaque fois que j’écoute « Fernand » de Brel et je ris en écoutant tes parodies. Du moment que l’émotion passe, le travail de l’artiste est justifié.

    Moi aussi j’aimerais écrire des chansons en plus des nouvelles etc… mais le grand handicap qui est mien c’est que je ne sais jouer d’aucun instrument et, si je me suis acheté pourtant une guitare, les seuls sons que j’en tire suffisent à faire pleurer les chats du quartier.

    Cependant, s’il y a bien un art auquel on a aucune justification de ne pas succomber quand on est attiré, c’est bien l’écriture, il suffit d’un papier d’un crayon ou d’un clavier et hop. Alors, à un moment, il faut se lancer.
    😉

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