Un enfant n’a pas besoin d’amour, il a besoin de sécurité

Pas con. Ca se défend. Et ça se discute.

C’est en tout cas ce que j’ai entendu dans une émission débat de Christophe Hondelatte, mardi soir. Je n’en ai vu que la fin mais je le regrette, cela avait l’air de qualité. Et puis du moment que Mr Boris Cyrulnik est là, ça m’intéresse, la résilience est un de mes sujets vedettes.

Mais ce soir là on discutait plutôt de ceux pour qui le parcours n’a pas trouvé d’issue pacifiée: les criminels. Ce que j’y ai entendu m’a plu, les thèmes me sont chers, en gros la responsabilité colossale de l’environnement sur le psychisme délinquant.

Quand j’étais plus jeune, disons à mi chemin de ma quarantaine, j’ai traversé une période « difficile » car j’étais arrivé à la conclusion d’une irresponsabilité absolue de l’individu. Mon intérêt pour l’espace jusqu’à un court passage dans l’astrophysique m’ont amené à ne plus comprendre qu’on puisse reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit: tout avait une explication dans le cycle du vivant, même si nous ne la comprenions pas, nous n’étions pour moi qu’une insignifiante particule du cosmos, mue par un système electro-neurologique complexe, mais simple produit d’une évolution aussi difficilement compréhensible que logique (non, je ne me prenais pas pour Spock). Rien de ce qui touchait aux religions, traditions et politiques nationales ne me semblait digne d’intérêt. Je n’y voyais qu’obscurantisme.🙂

Passons sur l’intimité de mon psychisme, c’était juste pour dire qu’en terme de responsabilité, y’avait plus personne. Et ça pose problème. Aujourd’hui j’ai trouvé un équilibre sur cette question, je prends moins les conditions qui poussent au crime pour des excuses que pour des explications.

Reste que je suis toujours aussi convaincu qu’il n’y a pas de « salaud ». Je suis incapable de haine pour cela. Colère, oui, coup de sang, parfois, mais je ne peux pas détester quelqu’un car je sais que quelque chose l’a fait ainsi. Hitler et Staline ont été des enfants maltraités avant de devenir des tortionnaires. Ce ne sont pas de monstres, ce sont bien des hommes comme nous qui vont au bout de notre monstruosité collective, et ce pour des raisons sociétales, ce qui ne fournit pas une excuse, je le répète.

Je suis toujours sidéré d’entendre aux nouvelles qu’on attend l’avis des experts pour savoir si tel criminel était responsable de ses actes lorsqu’il a massacré sa famille. Par définition il est pour moi irresponsable. Le crime est une pathologie. Il n’y a pas beaucoup d’enfants aimés et encadrés qui deviennent des bourreaux. Pour moi un criminel doit être aidé sinon soigné, et c’est tout le problème anachronique de nos prisons. Je ne crois pas à la punition seule. Je sais bien que certaines pathologies sont trop lourdes pour êtres endiguées par juste un peu de compassion et d’accompagnement, je ne dis pas qu’il faut faire des câlins aux brutes épaisses (encore que…), mais ce qui est sûr c’est que la répression est pour moi acceptable si elle est mesurée et surtout humaine, voir constructive, et que de toute façon c’est trop tard. Le vrai boulot de la société est de ne pas produire de criminels, pas de les gérer.

Les intervenants expliquaient donc que l’amour n’est pas vital, contrairement au sentiment de sécurité, preuves neurologiques à l’appui. C’est intéressant mais en pratique comment imaginer un sentiment de sécurité, et donc de calme, d’harmonie, d’encadrement, tout cela sans amour? Je pense en contre point au syndrome de l’hospitalisme qui illustre l’impact destructif d’un manque affectif, alors que tous les besoins vitaux sont assurés, sécurité incluse. Mais il est vrai qu’une famille aimante complètement aux fraises en terme d’autorité peut avoir des difficultés à structurer sa marmaille (pensée pour Super Nanny).

J’imagine que le mélange amour + encadrement sécurisant doit être un bon cocktail.🙂

Pour en revenir à une vision politique du problème, je pense toujours aussi profondément que quelques milliards investis dans un revenu de vie assureraient en grande partie cette sécurité qui tue la criminalité. Je parle bien d’investissement, aucun doute qu’à moyen terme ce serait d’une rentabilité phénoménale pour la société. Le crime coute une fortune aux deniers de l’Etat, et il est grandement le fruit de notre égoïsme.

Il faut partager, vite, et on y gagnera.

Votez pour moi, j’augmenterai vos impots!😉

[Edit] Dans cet esprit, @Carole_fabre te propose un lien vers Alice Miller, à fouiller…

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  1. #1 par mattGNU le janvier 22, 2010 - 1:15

    D’accord sur pas mal de points (dont prison pas une solution en elle-même, le parcours explique souvent au moins en partie les actes) mais non, je ne pense pas qu’on est juste le produit de son milieu. C’est trop facile

    Avoir comme défense : c’est pas moi, c’est mon milieu ça me fait bondir. Où est le choix? Où est le libre arbitre? Bien des philosophes se retourneraient dans leur tombes. En plus cette défense est utilisée quasi-systématiquement (voir le cas Pierre Bodein qui savait très bien « jouer » le fou)

    « Il n’y a pas beaucoup d’enfants aimés et encadrés qui deviennent des bourreaux »
    Plus qu’on ne le croit. La part de l’inné et de l’acquis dans un comportement criminel est encore mal cerné, bien que oui avoir des parents absents, non aimants, violents, abusifs sexuellement est un facteur important.
    Mais tous les enfants ayant subi ça sont-ils des criminels en puissance pour autant?

    • #2 par jcfrog le janvier 22, 2010 - 1:27

      encore faut-il croire en l’existence du libre-arbitre.
      j’avoue que j’ai des doutes…🙂
      « c’est pas moi c’est mon milieu »: oui en grande partie, mais non, ce n’est pas une excuse à mes yeux.

      • #3 par mattGNU le janvier 22, 2010 - 1:43

        Certains croient en Dieu, moi je crois au libre-arbitre🙂
        Le cours sur l’existantialisme est celui qui m’a le plus parlé en philo :
        même si la vie limite tes options, tu as toujours le choix.

        On est le produit de notre milieu autant que le produit de nos choix.

        (avoir le choix, c’est la pierre angulaire des libristes quand même :p)

        Pour en revenir au sujet il y a beaucoup à faire contre le crime : en amont et en aval.

        En amont un gros problème reste celui des services sociaux à la française qui n’interviennent limite que si l’enfant est en danger de mort immédiat « pour éviter que le séparer de ses parents le traumatise ». Ça aussi me fait hurler : ne pas intervenir en conaissance de cause quand des parents gâchent et piétiennent l’enfance de leur progéniture c’est criminel.

        En aval : la prison est un pansement sur une jambe de bois, ça aggrave les problèmes mentaux, et souvent les peines ne satisfont pas les familles (« dans 20 ans il sort et il pourra recommencer ») donc que faire?

  2. #4 par boldock le janvier 22, 2010 - 2:09

    je passe par ici suite à ton commentaire chez Mrboo.

    Le sujet de ton post est en fait un débat sans fin qui a animé deux de nos plus grand philosophe.

    L’homme est il bon ou mauvais par nature?

    Dans le camp de « l’homme est bon par nature et la société le perverti », il y a Rousseaux.

    Dans le camp de » l’homme est mauvais par nature et la société doit le contraindre », il y a Voltaire.

    Bon c’est vraiment très résumé, le débat est passionnant, mais j’ai bien peur qu’on ne le tranche aujourd’hui;)

    Personnellement j’ai une préférence pour Voltaire, mais c’est la faute a Rousseaux. Quelle idée d’avoir écrit ces « confessions » et quelle idée de m’avoir foutu ça au bac. C’a m’a traumatisé.

  3. #5 par Macnan le janvier 22, 2010 - 2:32

    L’éducation est un investissement qui permet à long terme de gagner sur le budget répression. Malheureusement j’ai pas l’impression que la tendance soit à l’investissement dans l’éducation, et c’est bien dommage.

    J’ai vu le débat et je l’ai trouvé plutôt intéressant (ptêtre bien acheter le bouquin « L’enfance du crime : Tous les grands criminels ont été des enfants maltraités » d’ailleurs).

    Merci d’avoir prolongé la discussion !

    à bientôt🙂

  4. #6 par hotake le janvier 22, 2010 - 2:57

    bonjour tout le monde !
    C’est article est interressant mais je suis partagé entre le fait de le commenter et répondre @mattGNU et sa tirade « douteuse »sur les travailleur sociaux francais (dont je fais parti).
    je vais donc tenter de faire un petit mix des deux.
    j’ai 26 piges et ca fait 4 ans que je suis rentré dans l’univers merveilleux de l’éducation spécialisé(histoire de situer d’ou je parle).
    Ainsi, j’ai appris et compris que nous ne sommes pas uniquement le fruit de nous meme. j’entend par la qu’ avant meme notre naissance un forme déterminisme est établi. On ne tombe pas nulle part mais dans une famille, une ville, un environnment économique, un pays, une culture… qui existaient déja avant nous, selon des codes et des structures établis. c’est dans cette pé_histoire (la notre) que nous apparaissons.
    C’est à ce niveau là que je rejoind JC (pardon pour la familiarité). Notre fonctionnement nous échappe car tout ne dépend pas de nous. La place faiteà la transmission dans notre dévellopement est prépondérente (et encore je parle pas du fonctionnement neuro-biologique) . Ainsi, la sécurité donc parle JC est une condition nécessaire à la construction psychique de l’individu (conf: devellpoement psycho affectif de l’enfant). Alors que l’enfant nait fragile et dépendant, elle lui permettra par la suite de trouver en lui ses propres ressources (la sécurité affective est également une de ses conditions). Cette sécurite est donc avant tout transmise (par les autres) pour pouvoir ensuite etre intégrée et permettre de mener une vie sereine. Les phénomènes de résiliences de Cyrulnick (de ce que j’en connais) s’inscrivent ainsi dans la capacité qu’on certaines peronnes de construire leur sécurité à partir d’évènement troublant en les trenscendant. Mais cette capacité n’est hélas pas à la portée de tout le monde.
    Concernant les pratique des travailleur sociaux et leur attitude de mise en dangers des jeunes, ( » services sociaux à la française qui n’interviennent limite que si l’enfant est en danger de mort immédiat « pour éviter que le séparer de ses parents le traumatise » ») je ne peut etre qu’en désaccord avec vous @mattGNU.
    Premierement je trouve ca insultant pour des gens qui triment à trouver des solutions adaptées.
    Ensuite, cela me parait déconnecté des réalités et des besoins des jeunes. Retirer l’enfant de sa famille amene une rupture avec elle et donc de ce fait avec une part de lui meme. Je ne dis pas que dans certain cas cela n’est pas necessaire (les foyer sont d’ailleurs plein à craquer) mais une telle pratique si elle devennait systématique crérait plus de dégats que l’inverse.Dans le cas ou l’enfant est placé, ce qui peut arriver très tot, l’objectif reste quand meme de travailler avec les familles pour ne pas couper le lien qui existe qu’on le veuille ou non. Vous qui est si prompt à défendre le libre arbitre, vous voudriez le retirer au parents et aux enfants (qui dans une majorité des cas ne veulent pas etre séparé). j’avoue ne pas arriver à suivre votre raisonnement.

    Pour finir, bien sur que nous avons toujours la possibilité de faire des choix. heureusement !!! Mais sur quelles bases les choix peuvent etre fait et comment l’intégrer dans la prise en compte du choix des autres?

    je pourrais continuer encore longtemps sur ce sujet plus vaste qu’il n’y parait mais je dois aller bosser. j’ai des jeunes à maltraiter #ironie

    bonne journée à tous

    • #7 par mattGNU le janvier 22, 2010 - 8:56

      @ hotake : ne te méprends pas. Loin de moi l’idée de dénigrer des gens qui œuvrent à se casser la tête pour aider les gens (ma copine est dans le social, ça serait quand même mal venu). Ce que je ne comprends pas c’est que dans certains cas de maltraitance avérée, la « doctrine » semble conseiller de quand même tout faire pour ne pas séparer l’enfant de ses parents. (le cas horrible de Lydia Gouardo, ça te dit quelquechose?)

      Les foyers sont une épreuve plus que dure pour les enfants, j’en conviens, mais est-ce pire qu’une enfance gachée?

      Je n’ai jamais fait le lien entre libre arbitre et séparer les enfants, je ne vois pas où tu veux en venir. Le lien est tel que non l’enfant ne voudra jamais partir de lui même. Et je ne veux surtout pas que cela se systématise, ça serait la porte ouverte à des situations dramatiques.

      Comme la prison, il n’y a pas de solution miracle.

      Je ne nie pas l’influence du milieu si tu me lis bien, je refuse juste de croire qu’on est en juste le produit et qu’il n’y a limite rien à faire.
      La preuve, Lydia malgré ces épreuves insupportables n’aspire qu’au bonheur et à une vie normale là ou certains auraient baissé les bras.

      Je peux pas te laisser dire que j’ai des propos douteux sur les travailleurs sociaux : je loue leur patience et leur dévouement. C’est juste les consignes qui leurs sont données qui me font parfois halluciner.
      Bon courage à toi

  5. #8 par Louis le janvier 22, 2010 - 3:13

    Je suis d’accord avec à peu près tout ce qui est écrit. J’ai relevé plusieurs phrases vraiment justes.

    Comme dit Macnan, on pourrait en débattre longtemps, et c’est passionnant, mais je suis de plus en plus d’accord avec ceux qui critiquent l’utilité des prison (et la lecture du blog de @maitre_eolas contribue à me convaincre de cela).

    Je regrette de ne pas avoir regardé cette émission.

  6. #9 par JR le janvier 22, 2010 - 3:22

    Je pense qu’il est difficile d’opposer amour et securite, et aussi de jeter aux oubliettes l’aspect education…

    Quand MattGNU parle du libre arbitre, encore faut il en avoir conscience de ce libre arbitre, encore faut il etre apte à appréhender ce qu’est le libre arbitre, tu dis en avoir pris conscience dans ton cours de philo en terminale, combien de gens dans ce monde ont eu acces a ce cours, combien ont pu le comprendre.

    Ensuite, pour les scientifiques, il est bien plus facile de mesurer un sentiment de securite, qu’un sentiment d’amour….

    Par contre, on doit effectivement pouvoir trouver des gens qui aimaient leurs parents ayant femme et enfant, un travail excellent et qui pourtant se sont révélés des monstres, mais je pense que c’est tout de meme marginal.

  7. #10 par Hara Kiri le janvier 22, 2010 - 4:58

    L’homme naît-il bon ou mauvais ? Encore faudrait-il définir ce qu’est être mauvais. L’homme est un animal (ouais, je sais, parce qu’on arrive à parler, à avoir conscience de sa propre mort et à tapoter sur un clavier, on en arrive à l’oublier), pour tout animal l’instinct commande de tuer pour se défendre, pour se nourrir, pour s’approprier un territoire ou un objet ou une femelle, de prendre par la force ce dont on a besoin ou envie. Ce n’est qu’en prenant conscience de sa propre mort que l’on prend conscience du danger d’un tel instinct, ça ajouté au fait de créer la parole qui permet d’échanger des idées, a permit de dicter des règles et faire des compromis afin de diminuer ce risque de mort. Ajoutons à ça la Religion qui cherche à moraliser la vie et aux règles qui deviennent des lois et on obtient une éducation où l’instinct doit être réprimé. Pour autant , l’homme a-t-il perdu cet instinct bestial ? Je ne le pense pas. Je suis assuré que c’est l’éducation qui fait que l’homme prend ses distances avec cet instinct (sûrement également pour s’éloigner encore plus des autres animaux). Si l’éducation n’est pas là pour moraliser l’enfant et pour lui inculquer le remord, l’homme redevient animal. Car, soyons sûr, si tout homme (ou toute femme) était assurée que sa conscience ne le travaille pas et que la justice ne lui dise rien, bien plus passeraient le cap du meurtre ou du viol, car ça restent des instincts primaires et bestiaux, donc des instincts de nos ancêtres.

  8. #11 par jérôme le janvier 26, 2010 - 11:19

    Bonjour
    Je ne saurais que conseiller la lecture des livres d’Alice Miller, qui à passé sa vie à étudier les origines de la violence. Elle a notamment étudié l’enfance d’Hitler pour tenter de comprendre pourquoi il en arrivé à faire des choses horrible.
    La lecture de ses livres est très éclairant. Sa « thèse » sur les origines de la violence est pour moi indispensable, pour comprendre le phénomène complexe de la violence.
    Olivier Maurel est aussi un auteur à conseiller sur le sujet, notamment son dernier livre.

  9. #12 par jean louis le juin 29, 2010 - 11:21

    Tout dépend de ce qu’on entend par amour.
    En général, amour rime avec sentiment. Et sentiment rime avec personne.
    L’amour comme relation affectueuse entre deux personnes ? J’ai des sentiments pour toi, j’attends que tu aies des sentiments pour moi ?
    Non, je ne crois pas, en effet, que l’enfant ait besoin de ce genre d’amour. C’est une source de problèmes. Une reponsabilité. Un enfermement.

    C’est même le grand piège. C’est une façon, sous couvert de bonnes intentions, en exploitant une valeur incontestable, de rendre l’enfant dépendant. Dépendant de ses éducateurs, de façon à mieux le modeler, puis des représentants de la société.
    Un enfant libre ? C’est un danger.

  10. #13 par jean louis le juillet 4, 2010 - 12:31

    Ajoutons quand même que pour un petit enfant, la principale source d’insécurité réside dans les adultes qui s’occupent de lui.

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