Vaccination #h1n1, s01e02: « Au secours Mme Bachelot! »

J’ai vécu hier matin (samedi) un deuxieme épisode au centre de vaccination, je n’aurais pas cru cela possible: ce fut pire que jeudi dernier.

Je ne sais pas comment cela c’est terminé mais si on me disait qu’il y a eu une émeute, je ne serais pas surpris. Scènes affligeantes de familles entassées, coincées pendant des heures pour une malheureuse piqure, une machine administrative en surchauffe et des personnels dépassés.

Je revenais car mon fils s’est vu refusé le vaccin jeudi et renseignement pris auprès de son docteur, il n’y avait pas de raison. Je retourne donc ce matin au centre de vaccination de Longjumeau pour faire régulariser ses anticorps, mais j’ai peur.

J’ai peur car je me souviens du bordel de jeudi et comme nous sommes samedi, j’imagine que cela peut être pire. J’étais bien en dessous de la vérité. En fait vu l’inefficacité de ce centre j’avais programmé d’essayer celui de Massy. Problème: le bon pour mon fils a été tamponné Longjumeau et stipule suite à une erreur qu’il a bien été vacciné.

Je dois donc passer à Longjumeau pour une signature, un tapon, un truc qui signale l’erreur. Et puis je me dis que ça vaut le coup d’essayer, après tout ils sont peut-être un peu rodés depuis jeudi, sait-on jamais.

J’entre horrifié. Les salles sont saturées, des bébés qui pleurent, des femmes enceintes, et je vois tout de suite qu’il sont là depuis longtemps. L’exaspération suinte. La première idée qui me saute aux neurones c’est que nous sommes dans un foyer de contamination. Partout on t’explique d’éviter les réunions, les endroits fermés, et on se retrouve dans un centre de vaccination avec des salles bondées, moites, chaudes et humides de la mauvaise humeur de familles assommées par des heures d’attente. Un vrai bouillon de culture. Tiens d’ailleurs je note au passage que de tout ce que j’ai vécu, je n’ai jamais vu un seul masque.

La dame m’accueille manifestement au bout du rouleau: « écoutez je vous préviens, ça risque d’être très long ». Convaincu que je ne passerai jamais et qu’au mieux j’attraperai tous les miasmes qui saturent l’atmosphère, j’abandonne tout de suite et je demande si je peux juste monter voir le doc qu’il me signe mon papier pour bien signifier que Paul n’est pas vacciné afin que j’aille essayer ailleurs. Accordé!

Je traverse les familles incrédules et monte au premier. L’ambiance contraste fortement avec le rez de chaussée: peu de monde, le calme règne. Et pour cause, les gens montent au compte goutte, je comprends tout de suite que les gens en bas ne passerons pas aujourd’hui.

Et là coup de bol, les admin me reconnaissent, j’ai mon dossier en main, tout est déjà près, y’a plus qu’à piquer: « asseyez vous, on va vous faire passer ». Je t’assure que j’ai expressément signifié par 2 fois que je ne suis pas monté pour passer devant tout le monde, que je viens juste pour de la paperasse. On insiste, je cède volontiers, je ne te cache pas ma joie d’être béni par la providence, de toute façon je sais que je ne ferais perdre de temps à personne, le circuit qui coince je ne l’empreinte pas, les papiers sont déjà faits et manifestement les infirmières s’ennuient.

Malgré notre miraculeux laisser passer pour le nirvana anti pandémique, on attendra encore bien 20 minutes dans le box de l’infirmière pour la piquouse. Je m’en fous, je sais trop la chance que j’ai d’être là. J’en profite pour observer, je sais évidemment que je te déballerai tout.

D’un point de vue humain, en gros comme partout 2 catégories se distinguent:

– ceux qui réalisent qu’on va dans le mur et qui commencent à paniquer (la colère gronde en bas), qui veulent faire bouger la procédure.

– ceux qui sont éduqués à l’administartif: on avance vaille que vaille, on suit la procédure, on va pas commencer à se poser des questions quand même.

Une dame de la saisie informatique prend l’ampleur des dégâts et demande de l’eau ou des cafés pour « les gens d’en bas ». Y’a pas. Et quand y’a pas qu’est ce qu’on fait? Rien. En tout cas là les responsables y z’avaient pas donc non, on fait rien.

Parlons un peu chiffres. En gros bien qu’en théorie « les centres sont vides », il y a au moins 80 personnes en bas. Il est 11h passé, depuis ce matin moins de 20 piqures je crois. Tout le monde réalise qu’ils sont là au moins jusqu’au soir (en théorie on ferme à 13h). Oui mais non, le doc se fâche, « moi je termine à 13h », « je m’engage sur 20 personnes, après je pars ». Je ne voudrais pas être celui ou celle qui devra renvoyer 3 quarts des gens qui ont passé la matinée ici dans leurs pénates.😦

La situation dégénère, Paul s’est fait piquer, je descends sans culpabilité mais avec compassion. Je suis atterré. Un type qui gère la crise du côté insurgés me choppe et me demande l’air accusateur: « c’était quoi votre numéro? ». Je lui confesse que je n’avais pas de numéro et la première stupeur passée, je leur explique précisément, à lui et à l’attroupement, en ajoutant: imaginez qu’après ce que vous avez vécu aujourd’hui, on vous dise la haut au dernier moment « ah non, il a eu un vaccin la semaine dernière, je sais pas si on peut le piquer, demandez à son docteur et revenez ». J’ai vécu ça jeudi, c’est mon 2eme tour aujourd’hui. Ma sincérité et ma diplomatie opèrent: j’échappe au lynchage.

Tout ça pour dire quoi?

Et bien simplement que je comprends de mieux en mieux les généralistes qui ont fait valoir que leur réseau était bien mieux à même d’absorber ces flux ingérables. Je ne sais pas comment cela se passe dans les autres centres, mais pour avoir fait un saut à Massy, il me semble que les gens commencent à se bouger, et si le centre de Longjumeau n’est pas un cas isolé, on va vers un fiasco d’envergure. On ne peut pas gérer de tels flux avec un débit de moins de 10 personnes par heure et par centre. C’est ubuesque. Aujourd’hui il y avait moins de 100 personnes, c’est à dire rien.

Pour une fois j’aurai vraiment aimé être un « blogueur influant » pour interpeller modestement Mme Bachelot et la supplier de penser à l’hypothèse de faire confiance aux généralistes: même si on doit perdre un peu au niveau tracking, aucun doute qu’on y gagnera énormément en terme de santé publique. Je n’ose imaginer ce qui va se passer si comme il est probable les foules se réveillent et se tournent finalement vers ce vaccin tant diffamé par les thèses conspirationnistes de tous poils. On reproche à Mme Bachelot de vouloir faire peur, mais attends un peu que les journalistes se bougent un peu et montrent les 1eres images des centres de réanimation. Pourquoi on ne voit pas ça comme dans les autres pays? Que fait le grand lobby des grands méchants labos?

Cette vaccination h1n1 ce n’est rien du tout, c’est sa mise en oeuvre qui est apocalyptique. Que vous soyez pour ou contre, ok, chacun son jugement, mais qu’au moins ceux qui veulent puissent y avoir accès.

Si vous avez des témoignages sur d’autres centres, ça m’intéresse.

Et figure toi que malgré ma chance je reste énervé: il me reste encore un petit à vacciner sans adjuvants (moins de 2 ans).

tweet this my friend!

, ,

  1. #1 par Claude le novembre 22, 2009 - 4:04

    Bon, ben vu que je suis vieille, et que je fréquente peu les lieux pollués, je crains rien ou pas grand-chose. J’ai déjà décliné deux fois le vaccin antigrippe ordinaire et là, même sur invitation, j’irai pas. Tu m’as convaincue!

    • #2 par jcfrog le novembre 22, 2009 - 4:24

      ben c’était pas le but😦

  2. #3 par Café Froid le novembre 22, 2009 - 4:10

    Comme je te le disais sur Twitter hier en live, exactement même binz et même conclusions à Toulouse.
    J’ai mis 2h30 pour me faire vacciner en me disant que le risque d’être contaminé n’avait jamais été aussi élevé que dans cette file d’attente.

    • #4 par jcfrog le novembre 22, 2009 - 4:26

      😦
      et c’était quoi ton histoire de prise de RdV sur Internet?…

      • #5 par Café Froid le novembre 22, 2009 - 5:30

        A la base, c’était bien foutu, on pouvait prendre rdv par Internet.
        Seulement, une fois sur place, plus question de rdv et la queue dehors pour tout le monde.
        Après une heure, quand j’ai demandé des précisions, on m’a dit « Ben, il fallait doubler tout le monde ! ». Et le gars derrière moi de rajouter : « et se faire lyncher !!! ».
        Organisation administrative quand tu nous tiens…

  3. #6 par Pierre Col - Kizz TV le novembre 22, 2009 - 4:44

    Ton cas ne semble hélas pas isolé : une amie médecin a voulu aller samedi matin faire vacciner sa fille diabétique. Le centre de Lyon dont elle dépend était bondé, et après plus de 2 heures d’attente elles sont reparties, sans vaccination… elle retenteront leur chance un jour de cette semaine.

  4. #7 par ovogelo le novembre 22, 2009 - 7:34

    J’ai été me faire vacciner Samedi matin à Caen ( Normandie).
    Après avoir lu le précédent article, j’avoue, j’avais très peur.
    Je me suis donc muni d’un bon livre et hop à 10h30 j’y était.
    Eh bien en Normandie ça semble plus efficace !
    Je me présente avec seulement ma carte vitale et une pièce d’identité, 2 minutes plus tard j’ai dans les mains une simple feuille à remplir (seulement recto !) ou l’on me demande Nom, Prénom, 5 questions concernant mon organisme et une petite signature ! Je rend la feuille, je reçoit à la place la (longue) listes des possibles effets secondaires, 10 minutes d’attentes, RDV avec le Médecin souriant qui se permet même une petite plaisanterie.
    Puis direct à la piqure ou une infirmière me dit combien c’est dur de passer sa journée à faire pleurer des enfants (en référence au hurlement qui avait fait trembler les mur une minutes auparavant).
    Ensuite, dernière étape administrative (la plus longue ?) ,environ 15 minutes, qui est de recopier un certain nombre d’information.
    Et enfin, après 50 minutes, on me tend mon diplôme (même pas en couleur T_T mais bon je comprend ^^)

    Finalement 40 personnes sont passées en 1 heure, un « bouchon » se formant quand même à la dernière étapes (bouchon qui augmentait très rapidement d’ailleurs) Je crois que finalement, j’ai eu un peu de chance quand même !

  5. #9 par Stéphane le novembre 23, 2009 - 2:04

    Nous on y est allé le lendemain de la lettre : le 13 novembre, il n’y avait personne à Vanves (dans un gymnase)
    Faut croire qu’on a eu de la chance, ou bien que c’était encore le tout début !

  6. #10 par cyril® le novembre 23, 2009 - 11:03

    je crois qu’on assiste surtout a l’exemple de nouveau, de notre « mamouth » administratif bien francais, et ce bordel est affligeant mais ne m’etonne pas plus que cela. Comme Jc je comprends mieux le discours des generalistes a ce sujet.

  7. #11 par THERESE GREBERT le novembre 24, 2009 - 2:50

    Il semble que les les personnes dans l’incapacité de se déplacer :
    handicapés ,personne vivant loin de la ville….ont été oubliées.
    Personnellement ,je suis prioritaire ,je n’ai reçu aucune convocation,
    et je ne peux me déplacer:handicap!!!! qui va remettre les choses
    en ordre?
    SALUTATIONS;
    ,

    • #12 par jcfrog le novembre 24, 2009 - 2:57

      bonjour Thérèse,
      avez vous contacté par téléphone votre centre de sécu pour vous assurer que vous êtes sur les listes prioritaire? ou au moins à défaut pour savoir dans quelle « vague » de courrier vous êtes enregistrée?
      Normalement ils sont à même de vous le dire voir même de vous faire un bon de vaccination sur demande.

  8. #13 par amatchi le novembre 24, 2009 - 10:39

    Eh bien, de mon côté, j’ai reçu le bon de vaccination le jeudi 12 novembre, début de la campagne de vaccination pour les personnes prioritaires…

    Sauf que je n’ai aucun facteur de risque à ma connaissance (mais la CPAM en sait sûrement plus sur mon état de santé que moi, grâce à ses fichiers super bien gérés…), je n’ai plus d’enfants de moins de six mois depuis plusieurs décennies, je ne suis pas professionnel de santé (Dieu m’en garde en ces temps troublés !), enfin pour résumer je ne vois pas pourquoi je l’ai reçu… alors qu’un de mes proches, qui a un vrai facteur de risque, n’a toujours rien reçu !

    Et le pire de tout, c’est que moi je n’ai pas du tout l’intention de me faire vacciner, mais alors pas du tout !
    Car je n’ai nulle confiance en ce vaccin, et les rares grippes que j’ai eues dans ma vie, je les ai expédiées en quatre ou cinq jours avec l’homéopathie et un peu de phytothérapie…

    • #14 par jcfrog le novembre 24, 2009 - 11:01

      4 ou 5 jours avec homéopathie pour une grippe? un peu comme comme tout le monde sans homéopathie en fait😀

  9. #15 par amatchi le novembre 25, 2009 - 12:26

    Hum… une vraie grippe (je ne parle pas de la « H1N1 ») en général, chez les gens que j’ai vus grippés au même moment que moi, c’est plutôt une bonne semaine !

  10. #16 par Alerteorange le novembre 27, 2009 - 9:18

    et bien ! moi qui ne supporte déjà pas d’attendre 5 mn à la poste !!! il faudra me payer cher pour que j’aille poireauter des heures dans un gymnase pour me faire inoculer le virus de la grippe A H1N1 ! instinctivement je reste méfiante vis à vis de tout ce ramdam autour de cette fameuse grippe…. limite si on va pas tous y passer !…. j’ai pris mon traitement homéopathique en octobre comme d’hab ‘ ….et on verra bien … mais plutot creuver que de me faire vacciner !

  11. #17 par Ronan le novembre 27, 2009 - 11:16

    J’habite Longtwin, mes 3 garçons ont moins de 9 ans et j’ai peur. Pas de la grippe, mais d’avoir à vivre cette situation de camp de réfugiés que tu décris !
    J’atttends un peu que les lignes bougent, ie que les médecins traitant puissent à leur tout vacciner ?

  1. La revue de web énervée de la semaine - N°52 - Café Froid .net

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :