Ecole, entreprise: incompétence 2.0

Que ce soit à l’école(*) ou dans le monde de l’entreprise, les populations que je croise sont dans leur très grande majorité totalement étrangères à la révolution numérique, notamment dans sa dimension “synergie du partage”, le célèbre 2.0. Internet pour chercher des truc ok ça vient, mais le partage, walou.

L’incompétence n’est jamais la faute de l’incompétent, je n’ai donc aucune velléité à accuser qui que ce soit.

D’abord parce que c’est bien normal: tout est allé si vite, seuls les plus curieux en la matière ont suivi, et même pour les passionnés, c’est sportif. De plus ce n’est pas une question d’outil, mais de mentalité, de culture, donc c’est long. Et surtout cela demande la plus rare des qualité: savoir bousculer ses habitudes. Comme le dit M. Schmidt (mr Google), le monde « n’est pas prêt pour la révolution technologique qui s’annonce ». Je dirais même qu’il n’est pas prêt pour celle qui a déjà eu lieu.

Alors que fait-on? On met des ordinateurs dans les écoles?

L’ambition est louable, mais pour ce que j’en vois il reste un énorme problème: on confie à l’école la mission d’enseigner “l’informatique”, et je ne l’en crois pas capable. Elle ne sait pas, et elle ne peut pas. Je pense même que souvent elle ne veut pas. Dans l’école de mes enfants, la salle informatique ne sert pas parce qu’il y a toujours un probleme. Une “imprimante en panne”, un “PC qui ne se connecte pas”, on demande à des profs de superviser, à des parents volontaires, bref, de l’amateurisme total.

Et puis c’est quoi l’informatique? Traitements de textes et tableurs? Réseaux sociaux? Je fais partie de ces gens qui pensent qu’un futur prof devrait apprendre la pédagogie plutôt que la théorie, qu’on devrait apprendre aux enfants la vie en société avant d’aborder la règle de 3 et la physique nucléaire, et donc qu’il faudrait les plonger dès aujourd’hui, chaque semaine, dans le grand bain numérique social qui sera leur quotidien. Dans 10 ans ils seront adultes. Dans le monde d’il y a 10 ans il n’y avait pas YouTube, pas Facebook, pas Twitter, et Google n’était “que” un moteur de recherche.

Ne pourrait-on pas imaginer des structures locales mutualisées exclusivement consacrées à l’enseignement de la vie numérique, une simple salle avec 15 machines et surtout des gens qui connaissent, ceci au service de tous: écoles, maisons de retraite, formation professionnelle…

On emmène les enfants à la piscine pour la natation, il y a des maîtres nageurs pour les encadrer, de même il faudrait des espaces numériques pour tous nos citoyens, il est temps que tout le monde sache nager. D’ailleurs les profs ne demandent que ça si j’ai bien compris: ils ont autre chose à faire que de gérer un parc informatique, et une fois de plus, ce n’est pas leur faire injure que de le dire: il n’ont pas la compétence. Au jour d’aujourd’hui, à l’école de la vie 2.0, les élèves sont souvent plus cultivés que les professeurs. La compétence « global brain » n’est pas enseignée, elle est le fait de l’implication de certains.

Dans l’entreprise comme à l’école ou dans les gouvernements, les hiérarchies font parti du monde d’avant Internet. Ce n’est pas du jeunisme, je sais bien qu’il y a des seniors qui sont branchés, moi même j’ai déjà 42 ans et mes amis sont très majoritairement 1.0 (il y a également beaucoup de jeunes qui ne sont pas 2.0). Mais force est de constater que les décisionnaires considérant Internet plus comme une chance qu’une menace sont des exceptions. Au mieux ils pensent qu’Internet “c’est l’avenir”, mais plutôt comme une super machine outil, jamais comme une nouvelle pensée, une nouvelle organisation de la société: l’accès direct, l’horizontalité.

Dans beaucoup d’entreprises on parle depuis des années de “casser les murs”, de “communiquer”, mais c’est de la communication verticale, on ne connaît rien aux nouveaux réseaux de confiance, car la culture reste dans la méfiance. J’ai un scoop pour toi: dans les têtes, le mur de Berlin n’est pas tombé.

Même dans les services de com il me semble que beaucoup sont largués, il est plus facile de suivre la mode que le progrès, on pense encore souvent diffusion, pas propagation. Et puis on comprend pas bien ce bidule, on sait qu’il faut buzzer, certains le font très bien, mais là comme ailleurs, la grande majorité n’a pas vu le train partir.

Pardon pour toutes ces affirmations bien péremptoires mais je suis un peu amer, notamment car je sais que cet article est inutile: il n’existe pas dans la sphère qu’il vise.

PS: J’ai bien conscience qu’il est aisé de proposer quand on n’est pas “en responsabilité”, mais ça vient ;)

(*) je parle d’école primaire, mes enfants ont moins de 10 ans.

Merci à icones.pro pour les icones

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  1. #1 par zobi8225 le septembre 24, 2010 - 12:26

    juste, bravo

  2. #2 par thibaudd le septembre 24, 2010 - 12:28

    Je suis parfaitement d’accord avec cette idée. Il temps, même si d’un point de vue logistique ça risque d’être compliqué, qu’on « forme » les plus jeunes à maîtriser cet outils merveilleux qu’est le web 2.0.

  3. #3 par Kevin le septembre 24, 2010 - 12:46

    Ah Jérôme…Ça a l’air si facile d’ouvrir les esprits en te lisant. Prions pour que la sphère visée vienne à toi au plus vite. A toi et à tous ces blogueurs que je découvre avec un grand enthousiasme depuis quatre mois. Je me sens tellement plus à l’aise dans cette nouvelle société qui n’existe pour l’instant que dans des articles comme celui-là, malheureusement.

  4. #4 par Café Froid le septembre 24, 2010 - 12:50

    Je reprends pour moi ton parallèle : on emmène les enfants à la piscine avec des maîtres-nageurs…
    C’est clair, net, vrai, mes parents devraient comprendre ça.

    Encore une fois : bravo !

  5. #5 par Un Oeil le septembre 24, 2010 - 12:59

    Pour vous réconforter, suivez ce débat datant de 1995 sur internet, vous verrez qu’on a tout de même fait quelques progrès ! http://www.dailymotion.com/video/xshb3_ca-se-discute-avec-nabe-en-1995_people

    • #6 par jcfrog le septembre 24, 2010 - 8:11

      étonnant de regarder ça 15 ans plus tard, merci :)

  6. #7 par dd le septembre 24, 2010 - 1:13

    Faire apprendre le web 2.0 aux petits écoliers… Ça sert à rien de donner des cours pour une technologie qui évolue si vite. C’est pour cela que la théorie reste le maître mot de notre éducation : elle permet de s’adapter aux changements.

    Et si tellement de personnes s’adonnent au 2.0, c’est peut être que justement c’est à la portée de tout le monde sans formation particulière. Et peut être que les 1.0 se contrefoutent du 2.0 et y voient juste un effet de mode ou n’y voient pas d’intérêt particulier…

    • #8 par jcfrog le septembre 24, 2010 - 1:58

      t’es prof? :)

      • #9 par dd le septembre 24, 2010 - 2:07

        Dieu m’en garde. Enfin Yoda m’en garde, je suis pas croyant…

  7. #10 par NeoSting le septembre 24, 2010 - 1:55

    Fais gaffe où tu vas finir comme Coluche ! :D

    Pour la petite anecdote, dans mon école pour les handicapés, on avait suivi (je devais avoir 10 ans peut-être) des cours pour pour apprendre à se servir d’un ordinateur. C’était sur des MO5 (de souvenirs). Et l’instituteur certainement pas formé pour ça, nous apprenait à écrire quelques lignes de programmes, histoire de nous montrer le « progrès ». Aujourd’hui, il n’y a de toute manière plus besoin de ça, nos jeunes sont déjà dedans, dès leur plus jeunes âges, et un enfant de 5 ans sait déjà se servir d’une souris. J’ai connu aussi des cours d’informatique dans une MJC, dans ces périodes, ça remonte !

    Le problème n’est plus vraiment là aujourd’hui, mais plutôt de leur donner conscience de ce monde virtuel qu’ils devront appréhender pour le reste de leur vie. Un challenge compliqué, et je te rejoins, sur le fait qu’il faudra les faire accompagner par des gens formés et compétents, et qui ne chercheront pas à les culpabiliser. L’outil doit rester neutre et libre, et c’est surement là que le vrai problème se pose.

    • #11 par jcfrog le septembre 24, 2010 - 2:01

      oui, c’est bien pour ça que je parle de modèle de société, pas de technique. Les jeunes savent se servir des engins électroniques, ça ne veut pas dire qu’ils maîtrisent les impacts, les traces de leur interaction avec ce nouveau monde horizontal. C’est plus à ça que je pense, aux comportements.

      • #12 par NeoSting le septembre 24, 2010 - 2:35

        Oui, tout à fait, mais aux parents déjà de faire leur boulot d’éducateur, si, ils le peuvent et le comprennent eux-même, et de leur faire comprendre que toute trace laissée sur Internet sera quasiment définitive. Déjà là, ce serait une bien bonne avancée.

      • #13 par dd le septembre 24, 2010 - 2:43

        Au final, tu veux leur apprendre la théorie de la vie sociale numérique avec quelques TP de Facebook…

  8. #14 par Café Froid le septembre 24, 2010 - 2:01

    Juste un truc, il faut arrêter de dire que les jeunes aujourd’hui sont plus forts en informatique.
    J’ai lu un excellent article qui disait le contraire et dont je partageait l’avis.
    En gros, il expliquait qu’ils maitrisent bien internet et autres trucs 2.0, mais très peu savent comment est foutu un ordinateur ou même installer des logiciels.

    A l’époque (pas bénie) des MO5 et autres TO7, la programmation (la tortue en Logo pour ceux qui se souviennent) m’avait de bonnes bases de programmation et de logique logarithmique. Du coup, j’ai fait ça plus tard…
    En fait, on était plus démerdards.

    Facebook, Twitter, Word ou Excell ne sont pas l’informatique, simplement des outils.
    C’est comme si on disait qu’en 1930 quelqu’un qui savait se servir d’une machine à écrire était un écrivain.

    • #15 par jcfrog le septembre 24, 2010 - 2:07

      indeed, la technique on s’en fout. ;)
      le monde numérique ne concerne plus uniquement les informaticiens, ce sont juste les mécanos, mais maintenant que le moteur tourne, c’est tout le reste de la population qui se met à conduire. Et c’est formidable :)

      • #16 par dd le septembre 24, 2010 - 2:15

        Le contre coup, c’est que maintenant y’a énormément d’argent en jeu. La population va perdre la main très vite pour la redonner aux financiers, grosses entreprises, marketting, …

        Comme des pots de yogougt : on laisse la même chose à l’intérieur et on change le packaging. Le web 2.0, c’est exactement cela.

  9. #17 par coreight le septembre 24, 2010 - 3:20

    Excellent article, effectivement encore beaucoup de chemin à parcourir…

    Et avant même de s’intéresser à la vie 2.0, je constate tous les jours que beaucoup ne savent pas utiliser efficacement les outils informatiques… vous la connaissez vous aussi la secrétaire qui passe 70% de son temps de travail sur Word et Excel et qui fouille systématiquement dans le menu « Edition » pour faire un copier-coller ? Manque de formation ? de curiosité ?

    Mais j’ai pu aussi être agréablement surpris par la façon dont des esprits peuvent s’ouvrir et être émerveillé par le monde numérique et toutes ses richesses : mon père (ce héros), depuis peu en retraite, qui n’avait jamais touché à un ordinateur de sa vie (!), et qui à de lui-même pris des cours pour dans l’ordre apprivoiser la souris et le clavier, comprendre le fonctionnement de logiciels utiles à la vie de tous les jours, surfer sur Internet… et au bout de quelques mois, communiquer avec sa famille et ses amis par mails et avoir de plus en plus le réflexe de « demander à Google » quand une question quelconque lui vient à l’esprit. Ou d’échanger sur des forums spécialisés quand la réponse n’est pas satisfaisante.
    Le compte Facebook n’est pas loin ! (et pourquoi pas Twitter?!)

    Comment peut venir cette curiosité et cette envie de se lancer dans « le grand bain »? Sans doute à mon sens en observant des proches qui sont déjà au fait de tous ces outils et qui en retirent des bénéfices importants dans leurs vies.

    A nous (petits geeks!) de montrer chaque jour l’intérêt de l’accès instantané à l’information, du partage, de la communauté 2.0. Nous sommes les prophètes du XXIe siècle ! :-D

  10. #18 par Oyezbravesgens le septembre 24, 2010 - 4:03

    Jérôme, je suis entièrement d’accord avec tes constats avec l’avis de la plupart des contributeurs (sauf dd, mais c’est un troll, non?).

    Je ne suis pas sûr que l’école soit capable d’enseigner l’éducation numérique comme elle enseignait l’éducation civique parce que c’est un univers qui évolue trop rapidement pour que le mammouth puisse suivre et donc l’hypothèse d’un enseignement alternatif me parait la meilleure.

    C’est un très bon choix pour une autre raison que la lenteur de l’Ed Nat : il y a bien trop de gens qui ont passé l’âge d’aller à l’école et qui ne touchent pas une bille en informatique, ne comprennent pas à quoi çà peut servir, ne sont pas incités par leur hiérarchie à s’y ouvrir et, malheureusement, transmettent cet état d’esprit à leurs jeunes collaborateurs qui ont du mal à percevoir l’intérêt de cet univers pour le monde de l’entreprise et, quand bien même ils le voudraient, sont brimés parce que la politique de sécurité de la boite interdit l’accès à tous les réseaux sociaux.

    Dans un grand élan de solidarité numérique, les happy few qui ont compris devraient proposer d’éduquer les retardataires à qui il reste quelques décennies de travail avant la retraite…bon courage!

    • #19 par dd le septembre 26, 2010 - 4:10

      Je vois que même ici, le respect de l’opinion contraire d’autrui consiste à le traiter de troll.

      Tout ça parce que je considère que les enfants n’ont pas besoin de se polluer la tête avec des cours qui seront obsolètes dans 2 ans… Et encore moins dépenser de l’argent de l’état pour former tous les 6 mois les profs alors qu’ils ont d’autres chats à fouetter… Je ne parle même pas des 2 heures de facebook à caser dans une semaine scolaire déjà bien surchargée. Proposez-vous de retirer l’anglais ou les maths?

      Si les commentaires de blogs consistent à faire du béni-oui-oui du responsable du blog, ça fait pas tellement avancer les choses (les miennes comme les vôtres d’ailleurs).

  11. #20 par motofix le septembre 24, 2010 - 7:28

    Le sujet de l’informatique à l’école est vaste, et en préambule je ne saurais que trop conseiller la lecture du Framablog qui traite souvent du sujet.

    Si j’adhère à l’alerte, il y a deux points sur lesquels je ne suis pas d’accord avec l’analyse donnée:
    -1- L’externalisation de l’enseignement
    -2- Il n’est pas nécessaire de savoir comment fonctionne un moteur pour conduire une voiture

    Je vais essayer de faire court, même si un long développement serait nécessaire (et dépasser les 10 lignes de commentaire, rebutant 95% des lecteurs…)

    -1- Puisque nous semblons tous ici conscients de l’omniprésence de la science informatique dans notre vie présente, et surtout future, elle ne saurait se cantonner à une matière annexe enseignée en dehors de l’école. Ce raisonnement écarterait de-facto la population des enfants qui, sortis de l’école, ne connaissent que le foot et la TV (ou pire, les 2 en même temps).
    Bien sûr qu’il est important de savoir nager, ou de savoir jouer d’un instrument… De là à dire qu’il s’agit de fondations essantielles dans notre société comme la lecture et le calcul… je ne pense pas

    -2- Même si la métaphore de la conduite de voiture est séduisante, je pense qu’elle ne peut pas s’appliquer ici. La voiture ne gère pas mes comptes, mon courrier, mes communications, mes souvenirs, ma culture, ma vie privée. Je pense qu’il est au contraire essentiel de posséder un « background » informatique et réseau, comme il est essantiel de posséder les bases des mathématiques, ou de la physique.
    Les enfants sont bien assez malins pour apprendre les usages par eux-même, on est même frappé de la vitesse à laquelle ils acquierent de nouveaux outils: mais c’est rester dans le cadre du consommateur / spectateur, 2.0 ou pas.
    Cet enseignement devrait rester théorique d’une part (avec des ressources comme L’informatique sans ordinateurs) et des TD d’autre part, comme pour les autres matières fondamentales.

    La connaissance théorique de l’informatique de base n’est en rien plus complexe que les bases des mathématiques et de la langue Française. Les profs ne sont pas formés, et c’est bien par là qu’il faut commencer (par lathéorie, la aussi).

    • #21 par jcfrog le septembre 24, 2010 - 7:58

      1- quand je dis externaliser, je veux dire une structure commune à l’école et les autres ages, mais j’inclus ça dans les programmes hebdomadaires. L’école garantit de les former, mais pas de faire la formation
      2- les interfaces à l’internet seront de plus en plus ergonomiques, la connaissance informatique me semble de moins en moins nécessaire et encore une fois je trouve que la priorité est sur les comportements

      merci pour les liens

  12. #22 par Christine Merlin le septembre 25, 2010 - 6:52

    Bon, un avis de prof?
    J’enseigne les lettres au collège et depuis pratiquement six ans en salle informatique… avec des blogs, des réseaux etc… Voir mon blog ou mon netvibes pour plus d’infos… Honnetement, même moi qui suis archi convaincue par le web 2.0 je ne vois pas l’urgence car effectivement si le web 2.0, c’est savoir publier sur le net il y a beaucoup plus urgence à leur apprendre à écrire à formuler leurs pensées à l’organiser etc…
    L’outil est sympa c’est un plus mais là n’est pas notre mission… et puis honnêtement ce n’est pas une compétence si difficile à acquérir, hein?

    Ceci est un com’ bâclé car j’ai cours dans une demi heure… Bisous à tous.
    Xine

    • #23 par jcfrog le septembre 25, 2010 - 7:00

      ah cool :)
      oui, personnellement j’envisage ça plutot comme des cours de civisme 2.0
      pour ce qui est d’apprendre à écrire et organiser sa pensée, c’est justement ton boulot (essentiel) de prof de lettres, ce n’est pas dans un atelier 2.0 qu’on leur apprendra ces bases.
      si l’outil est simple à prendre en main, les comportements le sont moins. Et il n’est pas encore disponible dans tous les foyers, d’où la nécessité de le trouver à l’école.
      T’as cours un samedi matin? Mais qu’est ce que c’est que ce pays barbare? :)

  13. #24 par Hélène B. le septembre 25, 2010 - 11:16

    Prof aussi, je rebondis sur l’amateurisme que tu (je peux ?) signales dès le début. Ce n’est pas un problème de « mammoutherie », mais de choix de ne pas mettre de moyens : dans le lycée où je travaille on a un parc de, je ne sais pas, peut-être 250 à 300 ordinateurs… Mais personne en effet digne de ce nom pour les entretenir.
    Si l’Educ’ Nat’ veut entrer dans une logique industrielle (ce qu semble être le cas), il faut aussi se donner les moyens de l’industrie, donc avoir des services informatiques dignes de ce nom et pas des profs qui savent mieux faire que les autres et qu’on sous-paye (ça demande beaucoup plus que quelques heures par semaine, et les collègues les donnent, bien évidemment).

    • #25 par jcfrog le septembre 25, 2010 - 11:31

      ah oui, 300 machine, ça commence à faire :)
      effectivement ça nécessite du personel.
      tu (oui tu peux, et moi?) exerces dans le primaire ou dans un collège, lycée?
      qui s’en sert? des cours d’informatique ou c’est au service des autres matières.

      si tout va bien j’aurai dans les semaines qui viennent des stats de la mairie de Longjumeau sur le matériel et les écoles.

      c’est difficile à suivre, je ne connais que les écoles primaires de mes loulous, je ne prétends pas avoir une vision de l’état du pays, tout témoignage est intéressant :)

  14. #26 par Pink-kun le septembre 25, 2010 - 1:29

    Bonjour,
    Responsable informatique de ma commune, je me suis donc vu, par extension, confier le parc informatique de l’école municipale (maternelle+primaire). On est une commune de bord de mer en bretagne (pas loin de Damgan que tu connais bien ;) ) à la population vieillissante et l’activité essentiellement saisonnière, ce qui veut dire peu d’enfants (seulement 3 classes dans notre école cette année, comme dans son homologue privée à coté) et pour le collège, faut aller voir plus loin.

    Malgré tout la municipalité veut dynamiser tout ça et se donne les moyens d’y arriver, j’ai donc pu remplacer le parc informatique de l’école (une salle informatique de 10 machine et un beau eeetop (tactile) dans chaque classe, on envisage même l’achat d’un TBI (tableau blanc interactif). Que du beau donc. Mais derrière tout ça, personne pour utiliser tout ce beau matériel correctement…
    Il y a 3 ans, mon prédécesseur assurait des activités avec les enfants une journée par semaine, mais je n’ai plus le temps d’assurer correctement ce service. Les 2 années passées l’école a pu s’appuyer sur une ATSEM pour enseigner l’informatique aux enfants (B2i, tout ça…), mais cette année, on peine à trouver quelqu’un. Et c’est un vrai problème.

    Pourtant, les enfants je les retrouve à la cybercommune (un EPN municipal que je gère aussi 3 apres-midi par semaine) le mercredi, ils sont avides d’apprendre et utilisent déja le web 2.0 dès le plus jeune age…

    Et il n’y a pas que les jeunes… la cybercommune partage les locaux avec le club informatique, une association de bénévoles qui assure des cours de vulgarisation de l’informatique aux gens de la commune (principalement des retraités). Si leurs formation « débutant » traite surtout du maniement de la souris, le cours de « perfectionnement » traite de sujets plus variés comme de la création de blogs.

    Et je confirme les propos d’Hélène, je crois des vacanciers tout l’été, dont des enseignants, ainsi que des prestataires informatique de la région qui m’ont dit eux aussi que leur établissement, avec un parc de plus de 300 machines, n’avaient personne pour le gérer… Au mieux un technicien réparti entre 2 ou 3 établissements…

    Pourtant le poste existe, j’ai un collègue dont le témoignage pourrait être intéressant, j’essaye de le faire venir ;)

    (Première intervention sur ce blog que je lis depuis longtemps, promis la prochaine fois j’essaye de faire plus court)

    • #27 par jcfrog le septembre 25, 2010 - 2:20

      merci pour ce premier commentaire très intéressant!
      et un gros bisou à la Bretagne ;)

  15. #28 par hugues le septembre 25, 2010 - 7:27

    Hello,
    J’aime bien ton point de vue d’ordinaire (je peux vous dire tu même si on se connais pas?) et y’a plusieurs trucs qui m’ont un peu gêné dans cet article.

    Oui, il y a des maitre nageurs à la piscine, chargés de la sécurité mais c’est le professeur des écoles qui est responsable des apprentissages à la piscine! Une séance de piscine se prépare comme une séance de français ou de maths!

    L’éducation nationale ne sait pas enseigner l’informatique… C’est très vrai. Mais nonobstant (j’adore ce mot) la résistance au changement qui est une réaction humaine, il y a de grosses lacunes au niveau formation des enseignants et maintenance du matériel.
    Pour continuer le parallèle avec la piscine, on s’est (heureusement) assuré que ledit professeur des écoles savait nager mais ce n’est pas le professeur des écoles qui doit vérifier le niveau de désinfection et la température de l’eau! Ni effectuer les réglages nécessaires!

    À l’auto école, le moniteur, il doit mettre les mains dans le moteur pour démarrer la voiture à chaque début de leçon? Et il part avec une roue à moitié à plat et les essuie glaces qui ne fonctionnent pas?

    Comment « enseigner l’informatique » à 25 élèves sur une demi douzaine de postes sous-équipés flanqués d’une version de windows 98 qui n’a pas été mise à jour depuis 10 ans, le tout dans une petite salle qui sert également de bcd, de salle vidéo, voire de salle des maitres et de bureau de direction? Je n’exagère pas, je connais une école dans ce cas. Et qui délivre le B2i parce que c’est de toute façon obligatoire. C’est les communes qui sont responsables du parc informatique dans les écoles, pas l’éducation nationale….

    Et le matériel ne suffit pas, il faut former les enseignants! On est pas tous tombés dedans quand on était petits!
    Donc je m’insurge, et je dis NON! L’école est capable d’enseigner l’informatique. Mais seulement, on ne se donne pas les moyens de le faire.

    Sans aller jusqu’au tableau interactif avec un portable par élève, combien de classes sont équipées de vidéoprojecteurs? Dans le meilleur des cas, il y en a un pour l’école. Et nombre de professeurs des écoles utilisent leur ordinateur personnel et achètent un vidéoprojecteur pour la classe avec l’argent de leur ménage!

    Utiliser des gens qui savent? Mais il ne suffit malheureusement pas de connaitre un sujet pour savoir l’enseigner…

    Et ce n’est pas externaliser l’enseignement de l’informatique qui résoudrait le problème, l’école n’est certes pas parfaite, mais elle fait au mieux avec ce qu’elle a.

    • #29 par jcfrog le septembre 25, 2010 - 7:56

      bonjour Hugues,
      merci et en gros je suis d’accord avec toi. J’imagine que quand on est prof mon titre peut être vécu comme un aggression, ce n’est vraiment pas mon état d’esprit, j’adore les profs, mais un titre faut que ça percute, et sur le fond je le maintiens. :)
      Simplement si je parle d’externalisation c’est justement parce que je ne pense pas que l’école soit l’endroit idéal pour avoir les bons « maitres »: je ne suis pas sur que la chose numérique s’enseigne, je veux dire au niveau des IUFM, c’est un truc assez étrange, c’est une compétence transversale, assez inédite.
      Pour l’aspect pédagogie, évidemment c’est l’essentiel, c’est bien mon propos, comme dans toutes les matières je connais des tas de geeks super compétents qui sont incapables de partager leur savoir. Je parle bien de gens pédagogues, empreints de culture numérique, et le recrutement de ces perles rares ne serait surement pas la plus mince affaire de mon fantasme ;) Et comme je suis un mec super prétentieux, je te dirais que je ferais bien l’affaire si je n’étais pas si vénal ;)
      pour les moyens, certes, mais il ne semble pas raisonnable d’imaginer que notre société sera demain d’un coup assez vertueuse pour investir massivement ce qu’il faut. Que notre Secrétaire d’Etat @nk_m nous prouve le contraire, je ne demande que ça, mais je doute qu’elle trouve le soutien nécessaire.
      Bref, toute mon affection aux profs, et comme je pense que vous serez finalement ces relais numériques, vous avez vraiment toute ma sympathie :)

      • #30 par jcfrog le septembre 25, 2010 - 8:00

        j’oubliais: le besoin existant pour tous les ages, l’aspect mutualisation me semble très intéressant. Si on trouvait de bons maitres numériques, ce serait génial au niveau de la cité de les partager pour tous: retraités, formation professionnelle…

  16. #31 par Dugomo le septembre 26, 2010 - 11:57

    Une anecdote, pas sur l’article, mais sur l’image.
    tu te souviens des billets de 100 balles, avec ce tableau de Delacroix ?
    Il y a une quinzaine d’années, à Los Angeles, je vais à la banque changer des sous. Et là, les employées regardent avec suspicion mes billets en… chuchotant « porn, porn ».
    Jusqu’à ce que leur chef vienne leur donner l’explication : « french ». ;-)

  17. #32 par Dugomo le septembre 26, 2010 - 12:15

    Entièrement d’accord avec toi quand tu dis l’école doit « apprendre aux enfants la vie en société ». Et la politesse, le respect de l’autre.
    L’école doit donner les bases, elle doit apprendre à apprendre.
    Quant à l’informatique, les réseaux sociaux, les bidules 2.0, les gamins sont nés avec : s’ils ont une bonne éducation de base (parents + école), ils sauront les manier intelligemment et efficacement.

    J’ai récemment pris à part ma petite nièce de 13 ans, pour la mettre en garde contre les dangers de Facebook. Pas eu la peine de trop parler : elle a un compte sous pseudo, pas sous son vrai nom. Son compte est protégé, et elle ne donne pas son adresse. Elle sait déjà repérer les trolls et les malfaisants. Elle a bloqué « ceux qui parlent mal des gens et qui montrent leur zizi ».
    Bref, elle a tout assimilé du Web 2.0, tout simplement parce qu’elle a les bases.

  18. #33 par jcfrog le septembre 27, 2010 - 3:28

    mais que je suis bête: ça existe déjà l’enseignement numérique désintéressé ;)

    http://www.apple.com/fr/retail/fieldtrip/

  19. #34 par Tzar le septembre 27, 2010 - 4:57

    Moi je m’amuse en lisant qu’il faut des ordinateurs dans les écoles. Mais il y en a (enfin dans la plupart). Le problème n’est pas le Hardware mais l’humain. Comme tu le fait remarquer, la plupart des enseignants (que ce soit en école primaire ou dans le secondaire d’ailleurs) à part quelque exception considèrent effectivement internet 1.0 comme l’avenir, alors tu parles du 2.0…

    J’ai également noté que dans les écoles où quelques PC en réseau existent, il manque une personne qui peut s’occuper des dits PC et dudit réseau… du coup tout est en panne!

    Et puis internet ça fait peur dans l’éducation nationale. C’est vrai quoi, on ne se rend pas compte à quel point c’est subversif cet internet. Ca pourrait même inciter les élèves à se faire une opinion par eux même… c’est trop dangereux!!! Après, s’ils se mettent à réfléchir comment accepteront-ils ces cours magistraux dénués de lien avec la réalité du XXI° siècle ?

    Non vraiment ton idée est louable mais il n’est pas pensable que l’école passe du monde fermé au monde ouvert… malgré tout, l’espoir fait vivre!

  20. #35 par Krysztoff le septembre 27, 2010 - 7:28

    Une remarque préalable:
    Nous qui sommes tous, puisque nous fréquentons cet estimable blog, des « digital migrants », n’avons-nous pas été à une école où pour certains, le seul ordinateur présent à l’école ressemblait à un MO5 voire pour les plus âgés où l’informatique n’existait même pas dans l’enceinte scolaire… Et pourtant, nous saisissons pour la plupart, voire nous participons pour quelques uns, à la révolution que représente l’intrusion omnisciente du numérique dans la société en général et dans nos vies en particulier. Posons-nous la question de savoir alors quelles compétences l’école du siècle dernier a bien pu nous transmettre pour que nous soyons en mesure de comprendre un tant soit peu ce qui se passe aujourd’hui. Et très certainement, pour peu que l’on s’y intéresse et que nous restions l’esprit grand ouvert, ce qui se passera dans 10 ou 20 ans.

    Et deux commentaires sur le billet lui-même:
    « Je fais partie de ces gens qui pensent qu’un futur prof devrait apprendre la pédagogie plutôt que la théorie… » Et bien moi, je fais plutôt partie des gens qui pensent l’inverse, ou plutôt qui pensent que l’école, et donc les professeurs, doivent transmettre des savoirs, des compétences et non des savoirs-être. Pour aller vite, l’école doit instruire et la famille doit éduquer (c’est le GRAND glissement sémantique de l’instruction publique à l’éducation nationale). Et elle doit transmettre des savoirs et des compétences les plus pérennes possibles, donc surtout pas effectivement enseigner je ne sais quel langage informatique ou je ne sais quelle technologie. Mais plutôt, si l’on fait le parallèle avec l’informatique, apprendre à décomposer un problème et à le résoudre par un algorithme, peu importe ensuite le langage informatique pour traduire cet algorithme. Esprit d’analyse, de déduction, de synthèse, esprit critique également. Avec ces outils l’élève, futur adulte, devrait être en mesure d’absorber toutes nouvelles révolutions technologiques à venir autrement qu’en simple consommateur de ces technologies (et je rejoins en cela l’un des commentateurs sur l’illusion que les jeunes aujourd’hui maitrise Internet et les réseaux sociaux dans toutes leurs dimensions « révolutionnaires ».

    « Ne pourrait-on pas imaginer des structures locales mutualisées exclusivement consacrées à l’enseignement de la vie numérique »
    Et bien figure-toi que ça existe déjà et que ces structures font plutôt du bon boulot. Ca s’appelle des Espaces Publics Numériques, dont le label le plus connu est le réseau des cyberbases. Et effectivement ce sont des outils très adaptés, en complément des écoles, pour que les « jeunes » mais aussi les moins jeunes (ces structures sont très fréquentées par les seniors, surtout en milieu rural) découvrent Internet et soient accompagnées dans leurs pratiques numériques par des professionnels.

    • #36 par jcfrog le septembre 27, 2010 - 7:48

      ah oui tiens, merci, je vais regarder ça:

      http://delegation.internet.gouv.fr/bddui/api/accespublic/index.php

      sinon juste 2 mots:
      – je ne vois pas l’école comme une nurserie, je dis juste que des profs savants qui ne savent pas « tenir » une classe et/ou transmettre le savoir, c’est un très gros probleme
      – il n’y avait pas d’ordinateur dans mon école, mais à l’époque le monde n’était pas numérique, aujourd’hui c’est et ce sera de plus en plus la norme

  21. #37 par colas le septembre 28, 2010 - 12:02

    C’est un peu hors-discours ce que je vais dire, mais je ne pige pas ce qui est dit ici. On parle d’éduquer à maîtriser une nouvelle technologie l’ensemble d’une société.
    Mais dans quel but ? Que manque-t-on à passer à coté de cette révolution sociale ? C’est la première question, pour sûr qu’on en est encore au balbutiements pour la moyenne des français quant à maîtriser ses nouveaux outils. Il n’y a bien que facebook qui semble se démocratiser, les flux rss restent des trucs de geeks, twitter plus encore. Mais pourquoi voulez-vous que ça change ?
    Ceux qui se sentent des affinités vers le nouveau social 2.0, qu’ils y courent et qu’ils contribuent en partageant. Les autres, qu’ils restent là où ils sont, qu’ils consultent le net lorsqu’ils en ont besoin, comme une énorme encyclopédie.

    Professionnellement, il y assez peu de formations post-bac enseignant la pratique de ses outils, il va bien falloir qu’elles s’y mettent, mais demander à aller plus vite encore dans un domaine où ça galope déjà pleine balle, ça me semble ajouter une nouvelle couche de folie. Ok beaucoup de dirigeants sont en retard, mais il ne faut pas s’en soucier, l’adaptation se fera, dans un environnement où le progrès est poussé par la concurrence, on peut être sûr que ça ne stagnera pas.

    Bref, je ne voit pas où se cache le problème. S’il y a réflexion à faire, c’est sur ce qu’apporte ces outils dans nos vies qu’elle doit se faire. Le progrès (materiel, technologique j’entends) c’est quelque chose d’immuable, on peut compter sur lui, il ne va pas disparaître et va largement assez vite. La grande problématique c’est pour moi de l’amener dans la bonne direction. Il y a des enjeux de taille sur cette planète, es-ce qu’apprendre à être 2.0 en est un ?

    Après, tout le monde réfléchit sur ce qui lui plait hein, ce n’est pas pour jouer les emmerdeurs ;)

    • #38 par jcfrog le septembre 28, 2010 - 6:22

      mais y’a pas de mal, on est là pour ça ;)
      je comprends bien que chacun y vienne à son rythme, que tout le monde n’y voie pas d’intérêt.
      le hic c’est que même si on ne s’y intéresse pas, c’est utile.
      on peut ne pas voir d’intérêt à la voiture mais aujourd’hui ne pas passer son permis est très souvent un handicap, personnel, professionnel.
      dans l’entreprise, on en crève d’ignorer le 2.0, parce que si on ne prend pas le train, d’autres le font.
      dans la vie familiale, en société, le fait que tant de gens refusent ou ignorent ce fabuleux engin ralentit tout, et à tous les niveaux y’a urgence à bouger, enfin selon moi.
      même en politique, la mouvement global vers plus de transparence est vécu par certains comme une tyrannie, pour moi c’est la solution :)

  22. #39 par jcfrog le septembre 30, 2010 - 5:39

    C’est à ça que je pense quand je dis que l’éducation 2.0 est à la bourre

    http://bit.ly/9VzsKD

    cas extrême évidemment, mais qui représente bien un probleme important: l’inconscience, l’irresponsabilité.
    Pour continuer dans notre comparaison, Internet est une voiture surpuissante, et la majorité des gens roulent sans permis

  1. Tout le monde s’y met au 2.0 « JCFrogBlog II

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